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Two posts in one day! What is this madness? I heard my classmates recite some really great French poetry, and I’m going to post it here so that I can find it again when the class is over.

Le Miroir–Charles Baudelaire

Un homme épouvantable entre et se regarde dans la glace.

«– Pourquoi vous regardez-vous au miroir, puisque vous ne pouvez vous y voir qu’avec déplaisir?»

L’homme épouvantable me répond: «– Monsieur, d’après les immortels principes de 89, tous les hommes sont égaux en droits; donc je possède le droit de me mirer; avec plaisir ou déplaisir, cela ne regarde que ma conscience.»

Au nom du bon sens, j’avais sans doute raison; mais, au point de vue de la loi, il n’avait pas tort.

Dejeuner du Matin–Paul Éluard

Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s’est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis
Son manteau de pluie
Parce qu’il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j’ai pris
Ma tête dans ma main
Et j’ai pleuré.

Quand il est entré dans mon logis clos–Marie Noël, 1920

Quand il est entré dans mon logis clos,
J’ourlais un drap lourd près de la fenêtre,
L’hiver dans les doigts, l’ombre sur le dos…
Sais-je depuis quand j’étais là sans être?

Et je cousais, je cousais, je cousais…
– Mon cœur, qu’est-ce que tu faisais?

Il m’a demandé des outils à nous.
Mes pieds ont couru, si vifs, dans la salle,
Qu’ils semblaient,- si gais, si légers, si doux, –
Deux petits oiseaux caressant la dalle.

De-ci, de-là, j’allais, j’allais, j’allais…
-Mon cœur, qu’est-ce que tu voulais?

Il m’a demandé du beurre, du pain,
-Ma main en l’ouvrant caressait la huche–
Du cidre nouveau, j’allais et ma main
Caressait les bols, la table, la cruche.

Deux fois, dix fois, vingt fois je les touchais…
-Mon cœur, qu’est-ce que tu cherchais?

Il m’a fait sur tout trente-six pourquoi.
J’ai parlé de tout, des poules, des chèvres,
Du froid et du chaud, des gens, et ma voix
En sortant de moi caressait mes lèvres…

Et je causais, je causais, je causais…
-Mon cœur, qu’est-ce que tu disais?

Quand il est parti, pour finir l’ourlet
Que j’avais laissé, je me suis assise…
L’aiguille chantait, l’aiguille volait,
Mes doigts caressaient notre toile bise…

Et je cousais, je cousais, je cousais…
-Mon cœur, qu’est-ce que tu faisais?

Pour vivre ici–Paul Éluard

Je fis un feu, l’azur m’ayant abandonné,
Un feu pour être son ami,
Un feu pour m’introduire dans la nuit d’hiver,
Un feu pour vivre mieux.

Je lui donnai ce que le jour m’avait donné:
Les forêts, les buissons, les champs de blé, les vignes,
Les nids et leurs oiseaux, les maisons et leurs clés,
Les insectes, les fleurs, les fourrures, les fêtes.

Je vécus au seul bruit des flammes crépitantes,
Au seul parfum de leur chaleur;
J’étais comme un bateau coulant dans l’eau fermée,
Comme un mort je n’avais qu’un unique élément.

La colère–Monique Müller

Ce matin,
J’ai mangé de la colère
A la petite cuillère ;
J’ai mis plein de mauvaise humeur
Sur ma tartine de beurre.
Toute la journée, je l’ai passée à grogner,
A donner des coups de pied
Et à dire : “C’est bien fait!”.
Mais maintenant, ça suffit.
J’ai envie que ce soit fini
Et avant d’aller me coucher
Je voudrais vous apporter
Une salade de baisers,
Bien frais, bien doux, bien sucrés.
C’est très facile à préparer.
Qui veut la goûter?

Il pleure dans mon coeur–Paul Verlaine (this one was mine!)

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un coeur qui s’ennuie,
Ô le chant de la pluie!

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s’écoeure.
Quoi ! nulle trahison?…
Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine!

Bisous,
Anne

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